Interview

Lucie Croissant, “l’ Iron Girl”

24 septembre 2015
Lucie Croissant Triathlon

Nouvelle rubrique sur sportaucarré ! Nous allons rencontrer régulièrement des sportifs et sportives qui nous inspirent au quotidien et que l’on souhaite vous faire connaître.

Aujourd’hui on a voulu vous proposer l’interview d’une “super jumelle sportive” née, comme nous, en 1988. Cela faisait trop de coïncidences pour que l’on ne s’intéresse pas à Lucie Croissant ! À seulement 27 ans, elle a déjà effectué plusieurs ironman, ultratrail et trek avec des résultats exceptionnels.

Son programme sur le mois d’Août et Septembre? L’Embrunman, 2 raids (dont le Raid in France) et des déplacements aux USA, en Allemagne et en Pologne pour son job… Confessions d’une fille qui est venu à bout d’une des courses les plus fascinantes du monde : Le Norseman

Salut Lucie, tout d’abord peux-tu te présenter brièvement ?

Salut ! Je suis originaire d’Avrillé, près d’Angers où j’ai vécu 18 ans. Après avoir étudié et travaillé à Nantes, Lille, Paris, Grenoble et Aix en Provence, me revoilà dans le Nord pour faire le métier de mes rêves : chef de produit chez B’TWIN. J’ai une jumelle qui vit à Toulouse et un frère qui habite à Vancouver (il a d’ailleurs fait son premier Ironman cette année). Je me définirais également comme une aventurière et pas seulement une triathlète. Par exemple, j’ai traversé l’atlantique à la voile en janvier, et les raids auxquels je participe se rapprochent plus de l’aventure que du triathlon (traversée du costa rica en vtt, kayak et trek !).

Qu’est ce qui t’as motivé à te lancer dans l’aventure Ironman ?

Depuis toujours j’ai pratiqué la natation en club et je me suis mise à la course à pied à partir de 16 ans au CSBJ. J’ai arrêté les compétitions quand j’ai commencé la classe prépa aux Ecoles de Commerce et j’en ai profité pour commencer la pratique du vélo. Je me suis inscrite à 20 ans dans mon premier club de triathlon à Lille lorsque j’ai commencé mon Ecole (l’EDHEC BUSINESS SCHOOL). Nous aimions faire des petits triathlons ensemble avec ma soeur. Comme elle était à Toulouse, et moi à Lille, participer à un Ironman ensemble nous permettait de nous voir plus longtemps et de partager un moment sympa. On s’est donc inscrites à notre premier Ironman à Nice en 2011, à 23 ans.

On aime aussi relever des défis. Cela vient peut être du fait que l’on soit des filles et d’un petit gabarit : il faut faire toujours plus pour prouver que l’on est pas juste “petites”. Encore aujourd’hui, quand je raconte ce que je peux faire en sport, des gens me disent qu’ils ne m’imaginent pas capable de faire tout ça.

A la base je préfère les distances plus longues, car j’ai plus le temps de profiter, et parce que je pensais être très lente. Au final, j’arrive maintenant aussi à profiter sur des distances plus courtes !

Lucie Croissant Triathlon

Quelles ont été les réactions, dans un milieu qui est essentiellement masculin, lorsque tu as commencé les Ironmans ?

C’est sûr qu’au début, à 23 ans, du haut de mes 1,58m, certains pensaient que les distances étaient différentes pour les hommes et les femmes. Parce que quand on me voit, on n’imagine pas… Par exemple, quand je racontais le triathlon que je voulais faire en Norvège, les gens imaginaient une épreuve assez “normale”. Ce n’est qu’en leur montrant la vidéo du reportage d’intérieur sport (nous y reviendrons plus tard dans l’interview) qu’ils se sont rendus compte que c’était un truc de malade ! Finalement, être une fille dans un milieu plutôt masculin c’est vraiment chouette : tout le monde encourage les filles ! Et il n’y a pas tellement d’hommes trop machos, en tout cas je n’en côtoie pas !

Du coup ce petit gabarit (1m58), est-ce un avantage pour les courses ?

C’est un avantage dans le sens où psychologiquement “c’est dur de se faire doubler par un polly pocket 😉 ”. Parfois au départ de l’épreuve de natation certains font semblant de ne pas me voir pour me passer devant. Mais souvent, parmi eux, ils ne sont pas très nombreux à sortir de l’eau devant moi.  Alors autant qu’ils prennent de l’avance sur la berge !

Comment arrives-tu à concilier l’entraînement, ta vie professionnelle et personnelle ?

Oula, ça c’est une bonne question! Je suis toujours en train de chercher… Déjà j’arrive à dire “non” à certaines courses. J’ai déjà eu l’occasion par le passé d’en faire trop et ça devient vite très compliqué à gérer… Surtout que je fais du triathlon (courte distance, Ironman, par équipe, individuel), des raids, des trails… alors à un moment donné il faut choisir ! Ensuite, j’ai un coach, Yves Le Moigne qui me suit pour que je m’entraîne le plus efficacement possible par rapport au temps que j’ai et à mes courses.

Mon travail de chef de produit chez B’TWIN est très lié au monde du sport et du vélo. Bien que je sois assez souvent en déplacement, l’entreprise tient à ce que je continue à pratiquer mon sport. Ils sont donc assez flexibles pour que je puisse partir faire des courses. C’est bien différent de mon expérience chez Adidas, où les vacances étaient imposées ! Une partie de mon travail consiste également à rouler avec des femmes et à tester des produits, autant dire que c’est le rêve !

Lucie Croissant Triathlon

Tu n’as jamais pensé à devenir professionnelle ?

Surtout pas ! J’y ai déjà pensé car beaucoup de personnes étaient convaincues que j’étais pro.

Mais pour moi le sport c’est surtout du plaisir, je ne veux avoir aucune pression de qui que ce soit, et je veux continuer à faire les courses qui m’inspirent.

Avant tout, j’ai surtout besoin d’apprendre des choses avec mon travail, de créer, de travailler avec des gens et de révolutionner le monde du vélo chez la femme (ça c’est ce qui va arriver bientôt avec B’TWIN 😉 ).

Est-ce que tu suis une diététique particulière pour ton entraînement ?

Je fais attention à mon hygiène de vie, mais je ne suis pas très rigide. J’ai eu ma période épeautre, lait de soja, pas de gluten…. mais j’ai arrêté ces bêtises. J’essaie de faire au mieux en évitant de tomber dans les régimes de sportif à la mode, tout en restant sociable !

Après mes goûts restent assez sains : je n’aime pas l’alcool (enfin si, le cidre), je n’aime pas le saucisson, et je n’arrive pas à mâcher la viande rouge, alors à part le steack haché, je mange surtout du poisson et de la volaille !

Revenons à ta participation à l’épreuve en Norvège que tu évoquais. En 2012 une équipe de canal + t’avais donc suivi lors de ta participation au Norseman (nous vous parlions de ce reportage dans un article), raconte nous cette expérience incroyable !

Le Norseman ou les caméramans ? Fabien et Marc étaient incroyables, ça c’est sûr ! Imagine, certaines images ont été prises par un caméraman seul en train de conduire en même temps ! Fabien a dû monter le Gaustatoppen (col de 1246m avec une pente moyenne de 7,2%) avec sa grosse caméra en essayant de suivre l’allure d’Anthony qui faisait la course ! Cette course m’inspirait tellement que je voulais absolument la faire. A l’époque, elle était encore inconnue, c’était tout ce qui faisait son charme. J’allais faire ce triathlon pour découvrir des paysages fous, et essayer de repousser un peu mes limites. Avant tout, outre le parcours démesuré, c’est l’ambiance et le côté psychologique qui est difficile à gérer. En 2012, l’eau était exceptionnellement froide. En plus de cela, dans les 400m de fond du fjord, nagent souvent des baleines. Et moi j’ai une de ces peurs dans l’eau… Autant dire que les nuits avant la course je n’ai pas bien dormi.

La course s’est bien passée, j’ai géré tout le long jusqu’aux derniers kilomètres. Car tant que l’on n’est pas arrivé, tout est possible… Une fois en haut, je me suis dit “c’est pas si fou”. Mais le lendemain, j’étais tellement fatiguée que je suis tombée malade et que j’ai mis pas mal de temps à récupérer !

Lucie Croissant Triathlon

Hop dans le fjord !

Quels conseils donnerais-tu à ceux et celles qui voudraient faire leur premier triathlon ou Ironman ?

De commencer par un petit triathlon justement ! Peut-être pas tout de suite un Ironman, il y a le temps, et surtout il n’y a pas que les Ironmans qui comptent. Pour faire votre premier triathlon, il faut s’entraîner un peu, mais il y a des petites distances ouvertes à tous qui ne nécessitent pas forcément un entraînement de fou ! Je me souviens qu’avant mon premier triathlon courte distance, j’avais dû faire 3 sorties vélo dans le mois (et pas du tout le reste de l’année) et ça s’était bien passé (je faisais quand même beaucoup de natation et course à pied à côté).

En natation, rien de sert de nager beaucoup, il faut nager surtout technique. La brasse est autorisée. Ne pas hésiter à regarder des vidéos, à prendre quelques cours, ou à demander des conseils. Mais surtout focaliser vous sur la technique plutôt que sur le temps de l’entraînement où le nombre de km à la piscine.
Pour la course à pied et le vélo, il vaut mieux s’entraîner intelligent, rien ne sert d’aller vite à l’entraînement. Toujours s’échauffer au moins 20 min (course ou vélo), puis donner un thème à sa sortie (fractionné, technique, endurance fondamentale…).

Les entraînements où l’on part vite, on accélère et on finit encore plus vite n’ont jamais été les meilleurs (mis à part pour se blesser !). Et le meilleur conseil est de trouver un club ! C’est fait aussi (et surtout) pour les débutants. Cela permet d’avoir des entraînements construits, et de s’entraîner avec des gens sympas !

Lucie Croissant Triathlon

Tu as une sœur jumelle qui partage la même passion que toi (comme nous sur le blog), peux tu nous parler de cette relation particulière ?

Mes plus beaux moments de triathlon, je les ai vécus avec ma jumelle. Imagine, courir un Ironman ensemble… En fait, on ne se voit pas beaucoup (il y a une trotte entre Lille et Toulouse). Mais quand on se voit, on rigole tout le temps (vraiment, tout le temps c’est fou !). J’aimerais faire beaucoup plus de courses avec elle, mais elle a un job qui lui prend du temps. En 2010, et à 22 ans, on s’est retrouvées toute les deux à Hawaï. Ma sœur pour les championnats du monde d’Ironman et moi de XTerra. En 2011, nous finissons 1eres ex aequo de l’Ironman de Nice dans notre groupe d’âge ! On s’est d’ailleurs encore retrouvées en 2013 à Hawaï pour les championnats du monde !

Lucie Croissant Triathlon

A sportaucarré on a été séduit par tes performances, ta vision du sport et ta simplicité. Pour finir :

  • Ton plat préféré :  Mes pizzas maison et partagées avec mes amis du triathl’aix après un entraînement !
  • Ton héros :  Mon père. Il s’est mis à faire du vélo après que l’on ait fait l’Ironman de Nice avec ma soeur. Enfin ma maman aussi elle en tient un bon bout, elle l’a même doublé au marathon (mais chuutt 🙂 ).
  • Ton sportif préféré :  Baptiste Turrel, c’est mon idole. Mais aussi tous les autres membres du Team FMR, mon team de raid. Ils sont tellement beaux humainement que c’est incroyable de courir avec eux !
  • Où aimerais-tu vivre :  À Corenc, et oui il y a des arbres à kiwi là bas !
  • Ta devise :  Et pourquoi pas moi ? → à chaque fois que je vois une course de malade, c’est ce que je me dis.
  • Ta plus grande qualité :  Je suis une “easy going” dirait Emilie 😉
  • Ton plus grand défaut :  J’ai un chat.
  • Ton prochain challenge : C’est dans 2 jours ! Raid in France. J’arrive en retard à Hauteville pour le check matos etc.. car j’ai une réunion le matin. J’espère que je ne le finirai pas la course en retard aussi ! (l’interview a été réalisé avant le Raid in France où sa team a terminé 3ème).
  • Ton matériel sportif (vélo, chaussures de run, combi) : 
    • Mon vélo, c’est mon petit bijou : un b’twin bien sûr, l’ULTRA 940. A ma taille en XXS, mais il va vite et il grimpe tellement bien ! (Imagine, j’avais l’impression que l’Etape du Tour c’était plat !).
    • Mes chaussures ce sont les adizero boost de adidas. J’ai l’impression de voler avec.
    • Ma combinaison c’est une sailfish. 5 ans que je nage avec, 5 ans que je m’impressionne toujours autant dans mes performances aquatiques.
    • Mes lunettes natation : les arena, avec des verres teintés pour le soleil et une superbe visibilité à l’extérieure.

Lucie Croissant Triathlon

Un grand merci à Lucie pour sa simplicité, sa disponibilité et ses conseils de championne.

Vous pouvez suivre l’actualité de Lucie sur sa page facebook ou encore son site, nous on est déjà sous le charme !

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