Interview

Géraldine Fasnacht, la montagne comme style de vie

6 novembre 2017
Géraldine Fasnacht

Comme vous le savez, nous comptons les jours avant le début de la saison hivernale pour pouvoir rechausser les skis. À l’approche des premiers flocons, nous avons voulu vous proposer une interview de Géraldine Fasnacht. Cette athlète aventurière nous inspire par ses performances et sa soif de liberté. Entretien avec une montagnarde au parcours incroyable. 

Hello Géraldine ! Si tu devais te présenter en quelques mots pour des personnes qui ne te connaissent pas, que dirais-tu de toi ?

Une passionnée de la nature et de la vie

Tu étais sur les pistes dès ton plus jeune âge (2 ans), quel est ton premier souvenir de la montagne ?

La magie de la neige des paysages blancs. Verbier, (station de sport d’hiver située en Suisse d’où est originaire Géraldine) mon terrain de jeu qui m’a donné envie de découvrir la montagne et d’apprendre. Ce terrain m’a énormément inspiré.

Lors de ta première invitation à l’Xtreme de Verbier (une face de 800 mètres à 55 degrés d’inclinaison, sur laquelle les concurrents affrontent des falaises de 20 à 25 mètres) tu quittes ton boulot et décide de te lancer à fond dans le snowboard. Au final, est-ce que c’était une décision naturelle dans ton schéma de vie ? Est-ce que tu pouvais imaginer ce qui suivrait derrière ?

J’avais demandé un congé de 3 mois sans solde qui m’a été refusé… Je ne pouvais pas me permettre de ne pas travailler alors j’ai trouvé à Verbier une place à 50% à l’agence de voyage Verbier Tours ce qui était fabuleux pour moi ! J’ai déménagé dans mon petit paradis et je pouvais m’entraîner tous les matins. Après l’entrainement, je travaillais les après-midis et je faisais des extras en tant que serveuse dans un restaurant le soir. C’était intense, mais je vivais mon rêve. Mon but était de participer 1 fois dans ma vie à l’Xtreme de Verbier et je n’imaginais pas un instant gagner cette compétition si prestigieuse et encore moins gagner ma vie avec ma passion.

Géraldine Fasnacht

Au total, tu as cumulé 11 victoires sur le circuit international dont 3 fois l’Xtreme de verbier. En tant que suissesse j’imagine que ça doit être une énorme fierté ?

J’ai été au bout de mes rêves et j’ai vécu des moments très fort ! Je peux le dire maintenant, mais je ne regrette rien.

Passons au base jump et au wingsuit. Est-ce que tu as eu un « déclic » qui t’a donné envie de faire ton premier saut ? Si je ne dis pas de bêtises, tu comptais déjà 300 sauts en parachute ?

À la base, je voulais faire du basejump car je cherchais un sport d’été en montagne qui m’apporte autant de plaisir que le snowboard freeride. Réaliser une ascension sur un beau sommet avec une magnifique descente en faisant corps avec un élément. Comme un freerider qui vole sur la neige, je vole dans l’air.

Lorsque je m’y suis intéressée, j’ai vite compris qu’il fallait tout d’abord acquérir une grande expérience en chute libre depuis un avion avant d’imaginer s’élancer d’une falaise.. Comme lorsque l’on débute le ski, on commence par des pistes faciles avant de pouvoir peut-être, avec beaucoup d’expérience, faire le Bec des Rosses (Une des faces les plus mythiques du monde que les freeriders empruntent lors de l’Xtreme de Verbier).

J’ai été élevée comme ça, et grâce à mes parents, je n’ai jamais brûlé les étapes importantes.

Comment prépares-tu un saut ? Est-ce que tu as une routine ? J’ai lu que tu calculais absolument tout, les courbes, inclinaisons…

Je vais sur place voir la verticale du saut que j’aimerais ouvrir puis je compare avec les vols que j’ai déjà effectué avec mon GPS grâce à un logiciel de vol. Ainsi, je vois tout de suite si le vol est possible ou pas. La précision est essentielle lorsque l’on prépare un saut, chaque terrain de jeu est différent.

Quels conseils pourrais-tu donner à des personnes qui voudraient essayer ce sport ? On a l’impression que c’est assez inaccessible de l’extérieur…

C’est un sport où l’erreur n’est pas possible à moins d’avoir une solide expérience. Voilà pourquoi il est important d’ être dans un premier temps un bon parachutiste ainsi qu’un bon montagnard (pour les accès et pour connaître les conditions optimales). Ensuite, il faut donner énormément de temps ! C’est un sport de montagne, plus on est dans l’élément meilleur on est.

Dans la société actuelle, les sports extrêmes sont souvent catalogués et encore beaucoup de personnes s’imaginent que les freerideurs, basejumpers.. sont juste « fous ». Tu donnes beaucoup de conférences sur la gestion des risques, le danger et le dépassement de soi. Quel est pour toi le message clé à faire passer pour comprendre l’état d’esprit des riders ? Quel est ton rapport au « danger » ?

J’ai grandi dans la nature depuis toute petite, pour moi, cela serait plutôt fou d’essayer de vivre en ville (rires). Nous sommes tous fait pour quelque chose et moi c’est la montagne et les sports de montagne. Je me prépare pour mes vols comme je me suis toujours préparée pour mes compétitions de freeride : Je ne laisse rien au hasard. Tout est préparé et tout est calculé.

Tu adores réaliser des voyages et partir rider dans des endroits hors norme (La Terre de Baffin au Nord en Arctique, La Terre de la Reine Maud au Sud en Antarctique…), quelle a été LA rencontre et LE voyage qui t’ont le plus marqué ?

Les Inuits en Terre de Baffin (une île de l’archipel arctique canadien), leurs histoires de nomades et leur triste colonisation… J’aime leur état d’esprit et les moments que j’ai pu partager avec eux m’ont fait grandir et m’ont beaucoup apporté. C’est à partir de là que j’ai commencé à me faire mes propres opinions sur l’histoire humaine.

Géraldine Fasnacht

Tu n’arrêtes pas d’établir des nouveaux records (En 2014, Géraldine ouvre en wingsuit le sommet emblématique du Cervin en suisse, en 2016 elle explore le mont Rose à 4 634 mètres d’altitude afin de réaliser en snowboard la descente du plus long couloir des Alpes et d’ouvrir un vol majeur en wingsuit de 3 000 mètres de dénivelé…), est-ce que tu as encore des rêves ?

Oui pleins ! Et ce n’est pas fini… Des rêves de vie, j’en ai tellement que malheureusement je pense que j’aurai besoin de plusieurs vies pour les réaliser (rires).

Dernière question, est-ce que parfois cela t’arrive d‘avoir juste envie de descendre une piste bleue et de passer une journée tranquille en station (rires) ?

C’est clair ! Avec tous mes amis  😉

Pour finir en un mot :

  • Ton plat préféré : Le papet vaudois (un plat suisse bien sûr !)
  • Ton héros : Le petit prince
  • Ton sportif préféré : la montagne (en snowboard ou en wingsuit)
  • Où aimerais-tu vivre : j’y vis déjà ! Dans mon paradis à Verbier
  • Ta devise : On a toujours le choix de rire ou de pleurer, J’ai choisi de rire !

Crédits Photos : David Carlier

Merci beaucoup à Géraldine pour sa disponibilité, sa simplicité et sa vision de la montagne. Vous pouvez retrouver ses aventures sur son site web 

Jérémy

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